jeudi 25 décembre 2014

Dan Bronson et John McT. Troisième partie : JUGGERNAUT ou le mastodonte perdu


Cet article reprend les évènements décrits dans les chapitres 87, 88 et 89 de ces confessions.


Le chapitre 87, intitulé sobrement Yippi Kay-yay commence par la description d'une bande annonce qui a beaucoup impressionné le jeune Dan Bronson. Sorti en 1957 et réalisé par un certain Kurt Neuman, Kronos raconte l'arrivée sur Terre d'une machine extraterrestre vindicative. La bande annonce nous en met plein la vue, c'est la mode à l'époque, sauf que, comme beaucoup de série B sorties dans les années 50, le résultat souvent très décevant, et cela vaut autant pour les effets spéciaux que pour l'interprétation et l'histoire qui manquent cruellement de crédibilité...



La scène se passe au domicile du couple McTiernan-Dubrow, le Dan Bronson voit McTiernan sortir de la chambre avec une video cassette sous le bras. Le réalisateur la pose sur une table et demande à ce qu'elle retourne au vidéo club. Le scénariste reconnait le film, il s'agit de Kronos.

McTiernan veut faire un film sur le même principe, mais qui tiendrait cette fois-ci ses promesses. Le temps d'une promenade marquée par le froid et la neige du Wyoming, les deux hommes discutent, échangent des idées sur ce que pourrait être un film du genre de Kronos, aujourd'hui. Une chose ressort de cet échange : pour marquer les esprits, un tel film devrait atteindre la même intensité que le premier Alien. McTiernan donne deux coups de fils dans la foulée. Il appelle en premier le producteur Andy Vajna, pour qui il a fait Medicine man et pour lequel il prépare Die Hard with a vengeance. Il appelle ensuite un certain Mike Marcus devenu récemment le patron du studio MGM.

Plus tard, Bronson reçoit un coup de fil de son agent. La MGM veut négocier avec lui pour qu'il écrive le prochain film de SF produit par McTiernan. Donna Dubrow le rappelle aussitôt pour calmer le jeu. Apparemment, Markus a bu un verre de trop quand le réalisateur lui a parlé du projet et il n'a plus aucun souvenir de quoi parle exactement le film. Bronson est chargé de rafraichir la mémoire du boss de la MGM. Il rédige pour cela un mémo comprenant le titre du film, puis son résumé :

JUGGERNAUT
(mastodonte)

"Une force énorme, inexorable
ou un objet qui écrase et détruit
tout ce qui se trouve sur son passage"

Une sonde minière venant d'une lointaine galaxie s'écrase à côté d'une petite ville du Montana et se met à ravager les environs. La sonde est plus qu'une vie extraterrestre, c'est une machine parfaite, invulnérable, dénuée d'émotion et d'intelligence. Elle est programmée pour transformer et détruire tout ce qui se trouve sur son passage.

C'est avec ce mémo, plus l'aval de John McTiernan, que Dan Bronson conclut le deal le plus lucratif de sa carrière...

Dans le chapitre 88 (This is the way the world ends / C'est ainsi que finit le monde), Bronson révèle quelques secrets de cette histoire originale d'invasion. L'objet qui s'écrase sur Terre fait 9 mètres de diamètres et 91 de longs. L'impact ne le détruit pas. L'objet s'est enfoncé dans le sol, seul un bout ressort des ruines du ranch qu'il a détruit. Deux jours plus tard, après quelques morts mystérieuses, le sol se met à trembler. C'est la panique, les habitants de la ville croient d'abord à un tremblement de terre mais la vérité révèle quelque chose de bien plus incroyable. L'objet, qui sort de son trou, n'a plus du tout les mêmes proportions. D'une longueur de 1,6 kilomètres et d'un diamètre de 800 mètres, la sonde avance, en direction de Greenplains, la petite ville autrefois tranquille du Montana. Le shérif évacue la ville est regarde de loin, impuissant, sa destruction.

Une scientifique pense d'abord que la machine est là pour se nourrir de pyrite, l'or des plaines du Montana mais voyant que la machine commence à se diviser en deux, elle comprend que la sonde n'est qu'une usine, sa propre usine. Et comme une usine, l'objet rejette des déchets, notamment un gaz jaune qui transforme l'atmosphère. Les pluies acides qui en résultent détruisent les écosystèmes alentours.

Le shériff, la scientifique et quelques survivants de Greenplains décident de résister. Le shérif, un ancien de la cavalerie américaine, se souvient d'une chose à propos des tanks : inutile d'attaquer leur blindage, par contre faites lui manger une grenade et c'est la victoire assurée. Ils décident donc d'entrer dans la machine...

Le chapitre 89 (Not with a Bang but a whimper / Pas dans une explosion mais dans un gémissement) revient sur le travail de recherche colossal accompli par le tandem McTiernan-Bronson pour établir un mastodonte réaliste. Ils discutent avec Jackson De Govia, directeur artistique sur le premier Die Hard et avec qui McTiernan travaille à cette époque sur Die Hard with a vengeance. Il se trouve que De Govia est un spécialiste des sondes minières. Le scénariste et le réalisateur s'intéressent aussi aux différents programmes spatiaux (notamment ceux qui prévoient une exploitation minière de la Lune), aux sondes spatiales puis à des machines ou à des organismes qui peuvent s'auto dupliquer. Toutes ces données nourrissent le premier jet d'un scénario né dans la douleur mais dont l'auteur reste très fier. Vient ensuite l'heure des premiers avis, ceux de McTiernan, le premier intéressé...

Le réalisateur n'aime pas le prologue de l'histoire qui voit la sonde quitter sa planète. Il regrette aussi que la sonde ne sorte pas assez vite de terre. Il regrette encore plus son côté petit bras. En clair, le film met trop de temps à démarrer et n'est pas assez ambitieux. McT veut voir des bataillons de tank exploser, des B 52 s'écraser, des grandes villes paniquées et pas que des villes américaines. Donna Dubrow intervient et fait comprendre au scénariste que John ne compte pas seulement le produire mais qu'il désire aussi le réaliser. Bronson se remet à l'ouvrage et accouche d'une vision dantesque de l'invasion qui plait enfin à John mais aussi à la MGM. 

Problème, le studio voudrait le faire mais en amputant le budget prévu de 40 millions de dollars (il se trouve que Kronos a lui aussi subi en son temps, une coupe de budget). McTiernan réplique en insistant sur le fait que le projet peut attirer des Tom Cruise ou des Michael Douglas. Mais rien n'y fait...

Mike Marcus donne son feu vert et demande des réécritures pour que le film se fasse avec le budget qu'ils ont prévu. Bronson revoit donc sa copie. Lors de la première de Die Hard with a vengeance,  le scénariste demande à McT s'il a prévu des vacances (comprendre : avant d'attaquer ce gros morceau qu'est Juggernaut), le réalisateur lui répond qu'il aimerait enchaîner tout de suite avec le mastodonte. 

Mais quelques semaines plus tard, Bronson reçoit un appel du vice-président de la MGM qui lui apprend que McTiernan a quitté le projet. Le budget prévu par le studio lui posait vraiment un problème. Et à la question pourquoi le réalisateur n'a pas prévenu le scénariste de son départ ? Dan Bronson donne cette réponse : s'il y a bien une chose que John McTiernan déteste, c'est la confrontation. Dans ces cas-là, il faut vite passer à autre chose et faire comme si rien ne s'était passé...

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