jeudi 25 décembre 2014

Dan Bronson et John McT. Deuxième partie : Die Hard with some rewrites


Cet article s'appuie sur les chapitres 85 et 86 de ces confessions.

Le téléphone sonne. Bronson décroche. A l'autre bout du fil, la secrétaire de McT à la Fox. McT voudrait connaître toutes les fins des films de Hitchcock. Bronson, en un fin connaisseur de l'oeuvre du maître anglais, n'a aucun mal à répondre.

Bronson se doute que McT cherche une fin au prochain film qu'il prépare : Die Hard III. Il sait que le réalisateur travaille avec le scénariste Jonathan Hensleigh avec qui il préparait, Captain Blood. Hensleigh est l'auteur d'un script connu sous le nom de Simon Says, la base de ce qui deviendra Die Hard with a vengeance.



McT lui raconte en gros l'histoire, des terroristes attaquent New York, mais l'attaque cache en réalité un énorme cambriolage. La réserve fédérale est la véritable cible, son or, le butin. Mais que faire de tout cet or ? Bronson propose la fin du film Goldfinger. Les voleurs vont détruire la majorité de l'or et en garder assez pour couler des jours heureux. McT adore l'idée et Bronson reçoit une bouteille de Dom Pérignon pour service rendu.

Quelques semaine plus tard, il reçoit un coup de fil de la femme de McT, Donna Dubrow. Le scénariste doit se rendre immédiatement à l'aéroport de Santa Monica où l'attendent Donna et son mari. Un avion doit les emmener au Wyoming, où McT a son fameux ranch. But de ce voyage, retravailler le script du troisième Die Hard.

Arrivé à l'aéroport, Bronson découvre qu'une quatrième personne est invitée à prendre ce vol. Le scénariste de Simon Says, Jonathan Hensleigh, qui n'était pas non plus au courant de la venue de Bronson. Dans l'avion, McT donne le script à Dan qui est assis juste en face de Hensleigh. Une situation pour le moins gênante mais Bronson lit attentivement le script pendant le voyage.

Le résultat sera fidèle au scénario, précise Bronson, à deux exceptions majeures près. L'une concerne le partenaire de John McClane. Dans le script, c'est une afro américaine prénommée Linda. McT a déjà en tête l'actrice Angela Bassett pour le rôle. Deuxième point, la fin située dans une fonderie où Simon Gruber transforme les lingots d'or en statuettes de l'Empire State Building, qu'il repeint ensuite en gris (voir la scène de fin alternative où McClane pose sur la table une de ces statuettes). Simon capture McClane et l'attache à une bombe, avant de se faire abattre par Linda qui désamorce l'engin en répondant à une dernière devinette. 

Bronson adore le script. En l'état, ce Die Hard est très excitant, en plus d'être original car il se démarque des deux premiers films dont l'action restait prisonnière d'un lieu, building pour l'un, aéroport pour l'autre.



Bronson relève cependant quelques problèmes. Le personnage de McClane n'est pas assez défini. Holly et lui, c'est de l'histoire ancienne et sans Holly, McClane n'est plus rien. Il n'a pas d'implication directe. Le scénariste relève aussi que le film souffre d'une différence d'échelle assez dommageable. Le film s'ouvrant sur une explosion mais se terminant sur un simple duel opposant Linda et Gruber. L'histoire manque aussi d'humour.

Les remarques de Bronson ne blessent pas l'égo de Hensleigh, qui les trouve toutes pertinentes. Le lendemain matin (on apprend que McT n'est pas du genre lève tôt), le réalisateur leur propose une nouvelle fin pour le film. Sa solution, oublier cette histoire de fonderie et creuser l'option cargo, que Gruber coulera au large avec presque tout l'or mais aussi, avec McClane et Linda à son bord. Les deux scénaristes se mettent au travail.

Pour le problème McClane, il est clair que le personnage est devenu le père d'une famille qui n'a pas besoin de lui. C'est un protecteur sans personne à protéger. Il demande plus de travail que le personnage de Linda qui est clairement défini. C'est une femme forte, suffisante, et qui méprise les blancs. Elle est impliquée émotionnellement dans cette histoire parce que ses deux neveux sont coincés dans une école qui risque d'exploser. Bronson et Hensleigh en font aussi un personnage déçu par les hommes en général. C'est au fond une demoiselle qui a besoin d'un vrai chevalier...



A la question, comment rajouter un peu d'humour, les deux scénaristes répondent par un running gag, une valise contenant une bombe et qui passe de mains en mains jusqu'à revenir aux voleurs à la fin du film. Dans un jet qui doit l'emmener, lui et ses hommes, loin du foin qu'il a créé à New York, Simon distribue à ses mercenaires des valises contenant une part de l'or qui n'a pas été pulvérisé au large. Voyant une valise de trop, Simon l'ouvre et demande, juste avant l'explosion, si quelqu'un n'a pas sur lui un bidon rempli de quatre gallons d'eau. BOOM, the end...

Toutes ces bonnes idées finissent dans un traitement qu'ils envoient par fax à Bruce Willis et à la Fox. La réponse de la Fox arrive la matinée suivante. Toutes ces bonnes idées sont rejetées. Quelque peu sonnés et découragés, les scénaristes demandent à McT quoi faire. McT prend les suggestions des exécutifs de la Fox, les déchirent et les envoie au feu. Il est l'un des rares réalisateurs à pouvoir faire ça à l'époque mais, car il y a  toujours un mais, contre la star du film, il ne peut pas grand chose.

Willis ne veut pas de partenaire féminin parce que les derniers films qu'il a fait, en couple, sont loin d'avoir brillé au box office. Qui se souvient, même en bien, du film qu'il a fait avec Sarah Jessica Parker ? Linda devient donc Zeus. Angela Bassett est remplacée par l'excellent Samuel L. Jackson. Le film devient un buddy movie mais il perd son coeur.


Dans l'avion qui l'emmène à New York sur la préproduction du film, Bronson lit le dernier jet du script. Si la plupart de ses changements ont été gardés, la fin dans l'avion avec Gruber et la valise a disparu. Bronson y tient encore et espère pouvoir l'intégrer. Arrivé à New York, le scénariste découvre qu'il n'est plus le seul script doctor à travailler sur Die Hard III. Lorenzo Semple Jr. (un vieux de la vieille, mort au début de cette année) s'occupe des dialogues du premier acte, David Shaber (script doctor non crédité au générique de The Hunt for Red October) travaille quant à lui sur le second acte. Bronson doit se charger du troisième acte. Les trois scénaristes travaillent chacun de leur côté. Le tout est retravaillé par McTiernan après ses longues journées de préparation.

Le travail de Bronson sur le troisième acte consiste à rajouter des mousetraps, des pièges à souris, qui doivent corser la poursuite finale. Bronson en propose deux, sous la forme de deux personnages, un jeune trou du cul de la police qui s'associe à un trou du cul des medias pour mettre des batons dans les roues de John McClane. Bronson retravaille aussi le combat de McClane et de Targo, l'homme de main patibulaire de Simon Gruber. Il ajoute une bonne dose de fun cartoonesque notamment dans la salle qui contrôle la destruction des camions contenant l'or. La salle est protégée par de fins murs en aluminium et quand Targo projette McClane sur l'un d'eux, le pauvre policier y laisse son empreinte.

McTiernan inclut toutes les propositions du scénariste dans le script. Bronson doit rentrer à Los Angeles pour s'occuper de la promotion du téléfilm qu'il a écrit, A friend to die for avec Tori Spelling. Il sera invité à la première de Die Hard with a vengeance et découvrira que sa fin ne s'y trouve pas. Il apprend par l'un des producteurs, que les décors de la salle des machines et du déchiqueteur ont été construits en Caroline du sud mais qu'au dernier moment, parce que ces scènes ne plaisaient plus à Bruce Willis, elles ont été supprimées. Il découvre aussi la nouvelle fin, qui ne plait à personne. Mais le film sort et fait un carton au box-office...



Comme le dit Bronson : le succès d'un film a beaucoup de pères mais un bide est un orphelin. Bronson est un des pères anonymes de Die Hard with a vengeance.

2 commentaires:

  1. Salut Rem Oz,

    Merci beaucoup pour ces deux nouveaux articles. Je ne l'ai pas encore lu, juste survolé, mais dès que ça parle des coulisses du cinéma, d'obscurs scénaristes "spoliés", enfin bref, de la petite histoire derrière les grands films avec en plus du McT dedans et le tout en français, j'adore ! Surtout que là pour moi, on est vraiment sur de l'inédit !!

    En plus tout ça le jour de Noël, ça me fait super plaisir !

    Bonne journée,

    Squegee

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  2. De rien Squegee, j'ai pensé que ça pouvait faire un super cadeau de Noël pour mes trois ou quatre lecteurs ! Mais ces quatre articles sont surtout dédiés à tous les travailleurs de l'ombre de Hollywood, comme Dan Bronson, qui a réussi à balayer toutes les frustrations grâce à sa passion, l'écriture et les personnalités extraordinaires qu'il a rencontré durant ces trente dernières années.

    Pour approfondir le sujet, je te conseille vraiment la lecture de ses Confessions of a Hollywood Nobody, c'est plein d'humour, facile à lire, bref, une joie.

    Joyeux Noël !

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