jeudi 17 mai 2012

Projet avorté - 2006 - Crash Bandits



Pour bien comprendre l’aventure Crash Bandits, il faut revenir en mai 2005, en France. C’est au Festival du Film de Cannes que l’interprète de Dark Vador dans la prélogie de George Lucas, Hayden Christensen, rencontre Philippe Martinez, un producteur et réalisateur français qui rêve de s’établir à Hollywood pour y fonder un studio. Pour cela, le marseillais se targue d’avoir en poche la somme de 250 millions de dollars, une somme qu’il voudrait utiliser pour produire et distribuer des films indépendants. Pour Hayden et son frère Tove, qui ont fondé la boîte de production Forrest Park Pictures, c’est bien assez pour concrétiser leurs projets. A Cannes, ils signent un contrat qui permet au studio Bauer Martinez d’avoir, sur n'importe quel projet venant de la Forrest Park Pictures, un droit de regard prioritaire. C’est le célèbre First Look Agreement. Pour cela, la Forest Park Pictures reçoit 200 000 dollars de Bauer Martinez. A la même période, la Bauer Martinez Entertainment signe plusieurs contrats avec des scénaristes, des réalisateurs et des acteurs pour s’assurer de leurs services sur des films que Martinez à l’intention de produire via ses trois boîtes : la BMS Picture Three, la Bauer Martinez Entertainment et Lucky 7.


A la fin du mois d’octobre 2005, Martinez, via ses trois filiales, fait signer à Hayden Christensen un contrat d’acteur (Actor Agreement) pour le film Crash Bandits que Martinez a l’intention de produire. Le contrat d’acteur signé comporte la célèbre clause Pay or Play qui stipule que l’artiste signataire sera payé même si le projet ne se fait pas. Dans le cas de Crash Bandits, le montant du cachet s’élève à 3 millions de dollars. Tove Christensen devient par contrat, le coproducteur de Crash Bandits. Pour cela, Martinez le paiera 150 000 dollars. Le film est donc lancé, et les premières annonces de pleuvoir, pour attirer les acheteurs potentiels, ce qu’attend Martinez afin d'alimenter les caisses…

En novembre 2005, on apprend que John McTiernan réalisera Crash Bandits à partir du 15 février 2006 en Thaïlande. L’histoire est celle d’un chasseur de trésor particulier, puisqu’il s’intéresse aux épaves d’avions. Le 15 février arrive, et rien ne se passe. Il faudra attendre le mois de mars 2006, pour voir le tournage repoussé au mois de janvier 2007. On apprend aussi que le film se tournerait dans le sud de la Thaïlande, à Phuket et dans la ville de Chiang Mai, célèbre pour ses 300 temples. Ce long report est dû à la volonté de mieux préparer le tournage du film. La Thaïlande s’impatiente de la venue de Crash Bandits. Le pays attend les 5 millions de dollars (environ 200 millions de bhats) que le projet est censé apporter, autant que le Alexandre de Oliver Stone avait amené en 2004.

Avril 2006. Histoire de faire patienter, un pitch un peu plus détaillé fait son apparition. Précisons que le scénario est signé par Michael Stokes, un scénariste canadien auteur de plusieurs série B. Le chasseur de trésor s’appelle Jack McBride et il devra affronter son ennemi et concurrent qui détient son ex-femme en otage. Elle sera jouée par Amber Valletta, vue dans la suite du Transporteur. Il serait aussi question d’une épave d’un avion, cachée en pleine jungle, et qui renfermerait un indice crucial menant à un joli trésor. C’est tout ce qu’on aura. Il faudra un peu fouiller pour grappiller une information complémentaire, à savoir la présence au casting de l’acteur de comédie Kal Penn (la série des Harold et Kumar).


A la fin du mois de novembre 2006, deux nouvelles tombent, le tournage est reporté à l’été 2007 et l’Afrique du Sud s’ajoute à la Thaïlande comme lieu de tournage. En 2007, à la mi-janvier, des problèmes de financements émergent de la Bauer Martinez et pourraient empêcher la production de Crash Bandits. Le 4 mars 2007, ces problèmes se précisent dans un article du Los Angeles Times révélant que le français doit au scénariste de Training Days David Ayer la somme de 2,2 millions de dollars. Martinez a acheté à Ayer son premier film, Harsh Times avec Christian Bale. Le cas de Ayer n’est pas un cas isolé. Plusieurs films en production et en post production souffrent des problèmes de gestion de Martinez. Parmi eux, on peut citer I could never be a woman avec Michelle Pfeiffer et Paul Rudd, The Amateurs avec Jeff Bridges et The Flock, premier film américain du réalisateur des Infernal Affairs Andrew Law qui sera remercié par Martinez à la toute fin du tournage.

En avril 2007, Crash Bandits disparait purement et simplement du site IMDB. Le projet est mort et enterré. Le 26 septembre 2008, Philippe Martinez le wannabe Mogul met un terme à son délire Hollywoodien en fermant ses trois boîtes. En 2009, les frères Christensen réclament, via la Justice, le reste du cachet du contrat d’acteur de Hayden. Celui-ci s’élève à 2,6 millions de dollars. Mais, conscients qu’ils ne verront pas un centime de cette somme, Hayden et Tove arrêtent les poursuites de fraude et de fausses allégations (les 250 millions fantomes) à l’encontre de Philippe Martinez.

Et John McTiernan dans tout ça ? Le réalisateur beigne jusqu’au cou dans l’affaire Pellicano. Martinez en profite pour poursuivre McTiernan qui selon lui, est le véritable responsable de l’échec du projet Crash Bandits. McTiernan aurait brisé lui-même son contrat en cachant au studio Bauer Martinez qu’il plaiderait coupable pour avoir menti aux agents fédéraux dans l’affaire des écoutes. Martinez estime avoir perdu en tout 2 millions de dollars dans le développement de Crash Bandits. McTiernan contre attaquera en reprenant les poursuites engagées par les frères Christensen. Un arrangement mettra fin à cette petite guerre.

Hayden Christensen et John McTiernan essayeront de collaborer une nouvelle fois ensemble en 2010 sur le projet Run, mais ceci est une autre histoire...

Philippe Martinez passera de la côte ouest à la côte est en s’associant à la Sanborn Studio mais son nom traîne tellement de casseroles qu’il est désormais impossible pour lui d’être pris au sérieux. Depuis, plus rien, et c’est tant mieux.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire